L’économiste en chef du deuxième groupe bancaire français Natixis estime que le franc suisse reste trop fort pour l’industrie.

Pour Patrick Artus, le taux plancher de la BNS «tenait presque tout seul» et n’aurait pas dû être levé.

Pour Patrick Artus, économiste en chef du deuxième groupe bancaire français Natixis, l’abandon du taux plancher est «un échec complet». Il juge préoccupante la situation de l’industrie helvétique.

La Suisse est «en assez bonne posture grâce à la consommation qui tire son économie», analyse Patrick Artus dans les colonnes du Matin Dimanche. En revanche, il observe que le franc reste trop fort pour l’industrie et que les investissements reculent.

«Le statut qui fait de la Suisse un refuge n’est pas compatible avec son tissu industriel», déclare l’économiste français. Le pays respire un peu mieux, mais la situation demeure critique, selon lui. La Banque nationale suisse (BNS) n’a pas d’autre choix: elle doit intervenir, même si la dépréciation récente du franc lui permet de lever le pied.

Aux yeux de Patrick Artus, la BNS «a commis une erreur stratégique en abandonnant le taux plancher» de 1,20 franc pour un euro, «qui tenait presque tout seul». Il en veut pour preuve évidente l’accumulation de ses réserves. «En clair, c’est un échec complet.»

Impacts politiques

«La Suisse doit une fière chandelle à l’élection d’Emmanuel Macron», souligne l’expert, car celle-ci a eu pour effet de réduire la pression sur la BNS. Il explique que ce n’est pas le franc qui s’est affaibli, mais l’euro qui monte contre le dollar, tandis que le billet vert baisse par rapport à toutes les autres devises.

«C’est un phénomène nouveau», relève Patrick Artus, résultat du solde positif que l’Europe entretient avec le monde, alors que les Etats-Unis accumulent un déficit. Donald Trump, selon lui, ne représente pas un risque économique, «car il ne fait rien». Et les Républicains au Congrès ont une philosophie très différente de celle du président en matière de réformes économiques. (ats/nxp)