Thomas Jordan, président de la BNS, estime que le bilan de l’institut d’émission peut encore croître

Thomas Jordan, président de la Banque nationale suisse, était de passage à Buenos Aires la semaine dernière. En marge d’une conférence donnée jeudi à la Chambre de commerce Suisse-Argentine, il a souligné le potentiel de croissance des échanges commerciaux entre les deux pays.

Le Temps: Quelles sont les raisons de votre séjour en Argentine?

Thomas Jordan: C’est mon premier voyage dans ce pays. J’y ai rencontré Federico Sturzenegger, gouverneur de la banque centrale argentine, ainsi que Nicolas Dujovne, ministre argentin du Trésor. Ma visite doit permettre d’accentuer les relations économiques entre les autorités argentines et suisses. Dans mon cas, plus particulièrement entre la Banque nationale suisse (BNS) et la banque centrale argentine. La Suisse est le sixième plus grand investisseur en Argentine. Mais les échanges commerciaux entre les deux pays, environ 2 milliards de francs suisses en 2016, restent modestes. Il existe un grand potentiel.

– Qu’est-ce que la banque nationale argentine peut apprendre de la BNS?

– Restons modestes. Je pense que la banque centrale d’Argentine dispose de toutes les connaissances et du savoir-faire requis en matière de politique monétaire. Je suis très impressionné par les efforts fournis pour réduire l’inflation actuellement très élevée [ndlr: 11,8% de janvier à juin 2017], ainsi que par les réformes structurelles entreprises par le gouvernement pour améliorer l’économie et la situation de la population. Ce que la BNS peut montrer au monde, c’est simplement que la stabilité des prix bénéficie à l’économie et à la population, en particulier aux plus défavorisés, du fait que la monnaie garde une valeur constante.

– Vis-à-vis de l’euro, le franc s’est considérablement déprécié durant les dernières semaines, passant au-dessus de 1,10 franc pour un euro. Est-il toujours surévalué?

– Oui, il l’est de manière significative.

– Quel serait selon vous le taux de change correct entre l’euro et le franc suisse?

– Nous ne le spécifions jamais de manière précise. Mais si l’on observe le rapport de change entre le franc suisse et les autres monnaies, on constate qu’il a très peu évolué durant les derniers mois. Le franc s’est légèrement déprécié vis-à-vis de l’euro, mais s’est apprécié contre le dollar. Nous considérons toujours que le franc suisse reste significativement surévalué, d’après nos modèles et nos indicateurs, raison pour laquelle nous maintenons notre politique monétaire axée sur le taux d’intérêt négatif et les interventions en cas de besoin.

– L’affaiblissement du franc suisse par rapport à l’euro indique-t-il que vous intervenez moins, voire plus du tout sur le marché des changes euro-franc?

Nous ne donnons pas d’informations précises sur nos interventions. Nous publions toutefois des données relatives à notre bilan, ce qui peut fournir des indications. Mais compte tenu de la nette surévaluation du franc suisse, nous poursuivons sans relâche notre politique monétaire expansionniste.

– Quel environnement pourrait vous inciter à mettre fin aux taux d’intérêt négatifs?

– Ce n’est pas une question qui se pose actuellement. En effet, l’inflation demeure très basse en Suisse, et les capacités de production ne sont pas pleinement utilisées. De plus, le franc reste nettement surévalué.

– Le bilan de la BNS a été multiplié par sept durant les dix dernières années. Y a-t-il une limite à cette expansion?

– Nous disposons d’une marge de manœuvre suffisante pour accroître encore notre bilan si cela se justifie du point de vue de la politique monétaire. Tant que les bénéfices demeurent bien plus élevés que les coûts potentiels, nous n’hésitons pas à recourir à cet instrument.