21/12/2011 : Pourquoi les banques ont emprunté 489 Milliars d'Euros à la BCE

Source : lefigaro.fr

La BCE a eu un succès inespéré ce mercredi matin. Pour soulager les tensions aiguës auxquelles les banques de la zone euro sont confrontées avec la crise des dettes souveraines, la Banque centrale européenne avait décidé le 8 décembre dernier de leur offrir -pour la première fois de son histoire- des lignes de crédits sur trois ans, en quantité illimitée et au taux de 1%. De l'argent quasi gratuit sur lequel 523 banques se sont précipitées puisqu'elles ont sollicité quelque 489 milliards d'euros auprès de l'institut de Francfort. Cet engouement tient essentiellement à trois facteurs.

• Les échéances financières des banques

Pour financer leurs activités, les banques ont besoin d'emprunter sur les marchés. Mais la crise de la zone euro a rendu frileux les grands investisseurs internationaux. Résultat, en 2011, les établissements de petite ou moyenne taille de la zone euro n'ont couvert que 69% de leurs besoins avec leurs appels au marché. Pour 2012, la situation s'annonçait critique: le secteur doit faire face à 230 milliards d'euros de remboursements d'obligations au seul premier trimestre.

En empruntant massivement à la BCE, les banques se prémunissent donc contre une éventuelle crise de liquidité en s'assurant que leurs besoins sont d'ores et déjà couverts. Pour celles qui auraient tout de même raté le coche de l'opération de ce matin, une seconde session aura lieu fin février.

• De gros profits à la clef

Emprunter à 1% auprès de la BCE peut être une opération extrêmement profitable si cet argent est réinvesti en emprunts d'État espagnols ou italiens par exemple, qui affichent des taux d'intérêts de 5%, voire 7%. Ce «carry trade» potentiellement lucratif est cependant aussi très risqué. Il repose sur le pari que les États concernés ne feront pas défaut. Il suppose aussi de s'exposer à la défiance du marché qui exige des banques qu'elles s'allègent de leurs portefeuilles de dettes souveraines, et non qu'elles les renforcent.

• Des besoins d'actifs

La crise de la zone euro est en train de provoquer un gel, silencieux mais potentiellement très grave, des bilans des banques. La BCE a reconnu la semaine dernière que le secteur commençait à souffrir d'une «pénurie de collatéral». De quoi s'agit-il? Dans des marchés excessivement nerveux, les banques qui veulent emprunter doivent de plus en plus fournir des gages à leurs créanciers, sous forme d'actifs appelés «collatéraux». Il est quasiment devenu impossible d'émettre de la dette non sécurisée. Les emprunts, quelle que soit leur forme, auprès de la BCE doivent aussi être gagés. Mais ce stock d'actifs disponible fond comme neige au soleil, parce que sa valeur de marché a diminué ou que les prêteurs ou intermédiaires lui applique des décotes beaucoup plus fortes que par le passé.

Certaines banques doivent donc reconstituer d'urgence leurs stocks de collatéraux. Celles-là auront donc emprunté massivement à la BCE pour acheter des titres d'État qui seront toujours acceptés au guichet de Francfort. Dès ce mercredi matin, on soupçonne donc les banques d'Europe du Sud de s'être ruées sur l'opération proposée par la BCE. Un signe non pas d'appétit, mais de faiblesse. Ce qui explique peut-être que sur les marchés obligataires, les tensions demeurent comme le prouve l'augmentation de l'écart de rendement entre les titres espagnols et italiens par rapport à l'Allemagne.

 

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